Trois start-ups, une offre commune – une collaboration née grâce à InnoJura

L’innovation industrielle échoue rarement à cause d’un manque de technologie. Elle échoue parce que les solutions restent fragmentées, par exemple lorsqu’il s’agit d’évaluer un actif – des capteurs ici, des données là, des analyses ailleurs – et que personne ne possède l’image complète.

Pour Vladimir Vilde (Dxan), Vinod Govindan (Oceans.ai) et Normand Overney (ColombaLink), la véritable percée n’est pas venue de la création de nouvelles fonctionnalités. Elle est venue de la reconnaissance des points forts de chacune de leurs entreprises et du choix de la collaboration plutôt que de la duplication.

Ce qui a commencé comme trois parcours distincts dans le cadre du programme i4Challenge, l’ancêtre de l’actuel InnoJura Accélérateur, s’est transformé en une collaboration à trois – provisoirement appelée Asset DOC – qui combine la capture de données, la consolidation de données et l’analyse algorithmique en une offre industrielle unique et intégrée.

Trois fondateurs, trois points de vue sur le même défi

Les trois start-ups ont intégré le programme sous des angles différents, avec des niveaux de maturité et des hypothèses de marché variés, mais elles tournaient finalement autour de la même réalité industrielle.

ColombaLink: de la conviction technique à la clarté du marché

Normand Overney a fondé ColombaLink après avoir étudié l’ingénierie logicielle à l’Université de Bâle. Son équipe a développé Monidas, une solution de surveillance IoT conçue pour collecter et gérer les données industrielles de manière sécurisée et autonome.

Ce qui leur manquait, ce n’était pas la technologie, mais la traction.

« Nous étions très idéalistes, se remémore Normand. Nous étions convaincus de la qualité de notre solution, mais moins de ce que le marché recherchait réellement. »

Participer à i4Challenge a été un tournant. Les conversations avec les clients, le positionnement, la tarification et la stratégie de mise sur le marché sont soudain devenus aussi importants que le produit lui-même. « Cela nous a poussés à penser au-delà de la technologie, à penser comme une entreprise. »

Dxan: transformer les données dormantes en outils d’aide à la décision

Vladimir Vilde a rejoint i4Challenge peu après son installation à Bâle. Pour lui, l’accélérateur a été à la fois un point d’entrée sur le marché et un outil de mise en réseau.

« Je n’étais pas familier avec la région, explique-t-il. Postuler à i4Challenge a été pour moi une façon de me connecter avec des acteurs industriels et de comprendre des cas d’usage réels. »

Dxan se positionne comme une «boîte à outils numérique» – un logiciel qui aide les entreprises industrielles à tirer de la valeur de leurs données opérationnelles existantes. L’accent est mis sur l’aide à la prise de décision humaine, et non sur son remplacement.

Le défi? S’intégrer sans heurt dans des environnements industriels complexes sans faire de promesses ou de prévisions exagérées.

Oceans.ai : recalibration vers un impact à grande échelle

Vinod Govindan a fondé Oceans.ai à Singapour et a passé plusieurs années à mettre en place des projets pilotes et des démonstrations de faisabilité dans des environnements industriels. Ces expériences ont révélé une vérité déplaisante.

« Après de nombreux projets pilotes et démonstrations de faisabilité, nous avons compris que nous devions reconsidérer notre approche du marché », explique-t-il.

La solution consistait à adopter une approche plus modulaire, basée sur des outils, qui pourrait être mise à l’échelle sur plusieurs actifs et secteurs, en particulier dans les contextes de l’Industrie 4.0 et de la fabrication de pointe, comme la maintenance prédictive et la surveillance de l’état des équipements.

Lorsque le coaching se transforme en collaboration

Christophe Walch a coaché des startups dans le cadre du programme i4Challenge pendant plus de cinq ans. Son approche est résolument pragmatique.

« Mon objectif est simple, explique-t-il. Les aider à gagner leur premier argent. Tant qu’il n’y a pas d’argent sur le compte, on n’est pas vraiment sur le marché. »

Christophe a remarqué quelque chose d’inhabituel chez ces trois startups. Chacune d’elles s’approchait de domaines voisins – capteurs, plateformes, analyse de données – mais aucune ne se démarquait dans tous ces domaines.

« Au lieu de demander à chaque startup de tout couvrir et d’être un peu bancale dans le domaine voisin, explique-t-il, nous nous sommes posé une autre question: que se passerait-il si nous rassemblions ces trois éléments? »

Cette collaboration ne doit rien au hasard. Normand avait déjà rencontré Vladimir brièvement. Vinod explorait déjà des partenariats. Mais il a fallu un coaching structuré – et un petit coup de pouce de la part du programme – pour transformer une convergence informelle en un effort commun concret.

« Cela a créé une synergie, explique Vladimir. Presque une incitation à vraiment commencer à travailler ensemble. »

Asset DOC: une offre, trois atouts complémentaires

Asset DOC – nom de travail – n’est pas une nouvelle entreprise. Il s’agit d’une collaboration formelle, régie par un accord signé, dans le cadre de laquelle chaque startup reste indépendante tout en apportant une capacité définie.

La structure est délibérément simple:

  • Captation de données – capteurs sécurisés et indépendants qui peuvent être déployés sans perturber les réseaux existants des clients
  • Consolidation des données – une plateforme qui rassemble les données des capteurs et les données opérationnelles existantes en un ensemble unifié
  • Intelligence des données – analyse algorithmique qui transforme les données brutes en informations exploitables

Pour les clients industriels, la valeur réside dans l’intégration. Au lieu de devoir faire appel à plusieurs fournisseurs, ils peuvent utiliser une solution coordonnée qui s’adapte à mesure que la qualité des données, les cas d’utilisation et les besoins opérationnels évoluent.

« Il y a un cycle de rétroaction » explique Christophe. « Si l’analyse montre que la qualité des données n’est pas suffisante, vous pouvez immédiatement ajuster la façon dont les données sont collectées. C’est très puissant. »

En rassemblant ces solutions, ils visent à fournir à leurs clients une intelligence prédictive sur l’état des actifs, afin d’améliorer les coûts opérationnels, non seulement sur la base de données passées, mais aussi en ajoutant des données contextuelles et corroborantes. Ils fournissent :

  • Amélioration de la visibilité de l’état des actifs
  • Convergence des données améliorée avec apprentissage supervisé et modéré
  • Et mise à l’épreuve de vos actifs et de votre performance commerciale pour l’avenir

Du concept à la réalité: tester la collaboration au BE5.0

La première véritable mise à l’épreuve de la collaboration a eu lieu lors de la conférence BE5.0 à Mulhouse, en France, où les trois startups ont présenté une démonstration conjointe dans un environnement réel.

Des capteurs ont été installés à l’entrée du lieu de la conférence pour suivre les mouvements des participants (fréquence, intensité, flux). Les données ont été collectées, consolidées et analysées en temps quasi réel.

Pour les fondateurs, il ne s’agissait pas seulement d’une vitrine.

« Nous devions apprendre à travailler ensemble, explique Vladimir. Nous devions voir ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. »

Vinod décrit le sprint final en utilisant une analogie bien connue des startups. « Par moments, c’était comme un hackathon, mais dans un sens positif. »

Le résultat n’était pas parfait, mais il était probant: la collaboration fonctionne, l’intégration est possible et l’offre combinée suscite l’intérêt des clients potentiels.

Pourquoi la collaboration est importante dans l’Industrie 4.0

Dans l’industrie 4.0 et la fabrication de pointe, la crédibilité compte autant que la capacité. Les acheteurs industriels recherchent des solutions robustes et évolutives, soutenues par des équipes qui comprennent la réalité opérationnelle.

Selon Christophe, la collaboration accélère la crédibilité. « Ensemble, ils sont plus forts. Plus solides. Plus convaincants pour les clients. »

Vinod est du même avis. « Les solutions se complètent clairement. Nous pouvons rester indépendants, mais nous nous alignons sur un objectif commun et une proposition de valeur commune. »

Au lieu de trois start-ups qui tentent chacune de tout faire, Asset DOC permet à chacune de se concentrer sur sa mission tout en offrant une solution complète.

Le rôle d’InnoJura: créer les conditions de la collaboration

Cette histoire est avant tout celle de ses fondateurs. Mais elle reflète également ce que l’accélérateur InnoJura est conçu pour permettre.

« Asset DOC est exactement le type de résultat que nous visons », explique Sébastien Meunier, directeur de l’innovation des PME à Basel Area Business & Innovation. « Des équipes solides, dotées de compétences distinctes, choisissant la collaboration plutôt que la compétition et avançant plus rapidement vers une réelle implication sur le marché. »

Il considère que le rôle du programme InnoJura est plus structurel que directif.

« Nous ne créons pas de solutions pour les start-ups, » ajoute Sébastien. « Nous créons les conditions dans lesquelles les bonnes personnes se rencontrent, testent rapidement des idées et transforment des concepts prometteurs en réalité commerciale. »

Le fait que la collaboration ait émergé entre différentes cohortes du i4Challenge souligne la valeur de la continuité – et de la plateforme InnoJura en tant que prochaine évolution du programme.

Qu’est-ce qui vient ensuite

Pour Asset DOC, le prochain défi est clair: passer des démonstrations et des premiers retours à des projets concrets et à des déploiements payants.

« La prochaine étape est l’engagement commercial » explique Vinod. « Il s’agit de transformer cela en applications concrètes qui génèrent des revenus. »

La technologie est là. La collaboration est en place. Il faut maintenant passer à l’action.

La prochaine étape se déroulera au Switzerland Innovation Park Basel Area – Jura, qui servira de base à la collaboration, aux tests et à la proximité avec les partenaires industriels.

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